Mini-raid dans le Mont-Blanc

Publié le par Zigual

Tous nos projets sont réunis en un seul pour ce week-end du premier mai : sortie swallow, sortie pente raide...
Shama nous organise un week-end de folie avec comme participants Papa, moi et Julien en swallow, Jean-Louis et Stéphane en skis. Le but étant de traverser le massif par le col du Tacul, les Courtes et l'Aiguille d'Argentière avec nuit au refuge du Couvercle puis bivouac au frais.

Rendez-vous 6h30 à Chambéry, heureusement l'appel de Shama sauve du réveil qui n'a pas sonné, mais par contre Julien aura eu du mal à se lever... Pour couronner le tout, Shama se trompe d'autoroute ! On arrive tout de même à l'heure à Chamonix, puis de toute façon les réservations pour les bennes sont annulées, il n'y a "pas assez de monde".

Le contraste à l'Aiguille du midi est surprenant entre le paysage de haute montagne et tous ces gens qui descendent en file indienne. La descente est plate et en croûte infâme, le glacier est tellement grand qu'on en reste admiratif devant cette étendue blanche. Et ces premiers virages en surf après deux mois d'arrêt font du bien ! On rejoint la salle à manger à une heure tardive, la montée au col du Tacul sera en plein... Cagnard !

Glacier du Géant, il porte bien son nom.


Panorama du coin : de l'Aiguille Verte à la Brèche Puiseux, en passant par les Courtes, la Pointe Isabella, le col du Tacul...


Couloir du Diable, Gervasutti, et bien d'autres encore nous impressioneront...


Montée au col du Tacul, ce paysage est magique.


Au-dessus de la Vallée Blanche : on est content de pas la faire en surf...


Vue sur les Aiguilles près desquelles ça parpine sec.




Col du Tacul droit devant






Une mini-pause casse-croûte s'impose où l'on prendra la décision de faire la variante pour arriver à l'heure au refuge du Couvercle. La descritpion reste peu engageante (approche sur dalles, rappel) mais finalement tout est rempli et ça passe... Ou pas ! Dans le doute, avec tous ces cailloux, on prendre la variante de la variante, un petit couloir trafolé mais bon quand même. On rejoint les grandes pentes en poudre, et là c'est une session intense pour les 3 swallowrideurs.


Sous l'impressionante Aiguille du Géant


Petite photo de descente, Stéphane en action...


Sacrée vue sur ce qu'on va remonter demain.



Un pause bien méritée et on remonte au refuge. Il n'a pas d'eau ni froide ni chaude, il fait 0°C dans les dortoirs... C'est pas ça qui me gêne mais faire payer 48,5 € la demi-pension, c'est vraiment profiter de cette image luxueuse d'un massif surfréquenté.

Fait chaud sur ce glacier de Leschaux...



Julien, l'homme qui surfe du 5.3 et tombe sur le plat !




La fine équipe




Soupe et dodo... Enfin après quelques fou-rires difficiles à retenir... Pires que des gosses !

J2 : réveil 1h45... Pour partir à 4h ! On a fait mieux  Parce que remonter au refuge chercher l'appareil photo puis chercher dans la nuit une paire de crampons tombée du sac, ça prend un peu de temps...



On finit enfin par décoller, tout le monde a retrouvé son matos. On rejoint la base du couloir sous le col de la Tour des Courtes, le jour se lève nous offrant des moments grandioses. La montée est longue, surtout que Julien fait mal à la trace, je m'enfonce derrière lui  Passages dans la goulotte, on est content d'avoir 2 piolets, Papa se prend deux morceaux de glaçons dans la figure, ça lui donne un air de guerrier mais rien de grave.

Sans commentaire devant tant de splendeur...


Une bonne partie du couloir est déjà avalée.


Couloir dans le 45° et assez soutenu.



L'arrivée sur l'arête est magique ; le temps d'attendre le reste de la troupe et la doudoune est sur nous. Pour la traversée de cette arrête à 3700m, nous sommes couverts de la tête aux pieds. Nous voilà parti en deux cordées de 3, mais la progression est lente : ça brasse sévère dans la poudre et on pose quelques broches pour s'assurer. Le sommet, youpi ! On est quand même bien là-haut, mais il ne faut pas traîner, il faut encore descendre l'arrête pour rejoindre la voie classique.

Arrivée au col de la Tour des Courtes face à l'Aiguille d'Argentière et le Chardonnet. On croirait que c'est de la poudre, mais il y a de la glace vive dessous...


Début de l'arête, nous ne sommes plus seuls



Sommet des Courtes pour Juju



Et hop, on dézoome...




Vincent va entamer la descente



A 15h, on est en haut du couloir, branche de gauche. Quasiment toute l'équipe se vache pour chausser. La pente est raide, les cailloux affleurent. Julien se lance, ce sera le seul qui fera des virages là-dedans, la neige est vraiment tassée, on ira doucement.
Après 1h de lutte pour ranger mes affaires et chausser, je pars enfin, les mollets crispés. Tout le monde est prudent, la fatigue et les gros sacs se font sentir, mais le manque de lucidité aussi. Quelques frayeurs me font revenir à l'ordre et je file la corde à Papa qui est en meilleure forme que moi. Avec Julien et Papa, on décide de descendre et de passer la rimaye rapidement. Jean-Louis attend Stéphane et Shama.

La descente est bonne, en poudre excellente, mais c'est quand même carrément soutenu ce 5.2 ! A moins que ça ne soit la fatigue qui accentue la raideur. Rimayes passées moyennant un petit saut (j'ai adoré  )

Premier virage dans la voie classique pour Juju


Grosse poudre, mais ce n'est pas une raison pour engager la viande...



On s'installe plus bas pour les guider dans le passage de la rimaye. Quand soudain on voit quelque chose (un sac ?) sauter la rimaye. Quand on se rend compte que c'est Stéphane qui tombe comme un pantin désarticulé, on reste effarés. Il s'arrête quelques mètres plus loin, ne bouge plus, et Juju prend son courage à deux mains pour aller voir. D'un ton décidé : "Stéphane, est-ce que tu m'entends ?" Pas de réponse. Puis : "Il Respire !" Un miracle quand on voit qu'il est tombé quasiment du haut du couloir.
Vite Papa descend pour aller chercher du réseaux et appeler le PGHM, Julien et moi on s'occupe de Stéphane : couvertures de survie, doudounes, matelas, on lui parle, on lui tient la main, on tente de le calmer car sa respiration est saccadée, on le dégage de son sac en coupant les bretelles, on enlève son masque qui n'en est plus un et qui gêne son visage tuméfié et ensanglanté, on vérifie que tout ne va pas trop mal. Après pas mal de temps il arrive à déglutir quelques mots. Dans une semi-conscience, il se souvient de tout. On l'encourage, on est là avec lui, à lui dire que les secours vont arrivés alors que nous ne savons même pas où est Papa et s'il a réussi à les avoir.
De longues minutes où la force de notre moral est mise à l'épreuve ; je surveille Shama et Jean-Louis qui descendent lentement, récupérant ses skis, ses crampons disséminés dans la face. J'imagine ce qu'ils ressentent, ils ne savent pas comment est Stéphane après cette chute qui devrait être fatale.

Quand enfin, on entend un bruit d'hélico dans la vallée. Est-ce pour nous ? Vite on dégage tout ce qui peut s'envoler, je me met en position d'Y. Ouf, c'est pour nous. Quel soulagement de savoir que des professionnels, des médecins vont être sur place et peut-être atténuer la souffrance de Stéphane ou tout simplement lui sauver la vie car nous étions près de lui, mais nous ne savions pas comment cette histoire allaient finir.

Le bilan s'avère lourd mais relativement bon pour Stéphane : fracture du col du fémur (opération réussie), luxation des épaules, hématome au visage, machoire et côtes fêlée, bassin touché. Il ne pourra pas marcher avant 3 mois mais retrouvera certainement l'usage de tous ses membres.
Stéphane a chuté à cause d'une fixation qui a déchaussé, et a perdu connaissance dans la descente.



Les gars du PGHM sont très sympathiques et on discute quelques minutes en attendant que l'hélico revienne les chercher. Puis on file, il est déjà tard. On retrouve Papa qui nous attend plus bas. La descente se finit sur les pistes des Grands Montets, on déchausse pas loin d'Argentière, avant de prendre une navette miraculeuse pour Chamonix. Le parking, enfin. On se change, on range les affaires, on file au PGHM récupérer du matos qu'ils ont redescendu en hélico, puis on va au resto se détendre, car avec tout ça on n'a pas mangé de la journée.
On reprend la route. 1h45, on se faufile sous les couvertures. Il y a 24h, un réveil sonnait...

Publié dans Rando en surf-ski

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romu 22/06/2009 00:12

Salut Zigual Une mésaventure qui aurait pu virer au drame tout comme moi il y a 3 ans.J'en ai encore des frissons....Bon courage à tous .

latata 06/05/2009 19:05

quand on  voit les photos , c'est magnifique ! .. mais faites toujours bien attention !!! une leçon de plus pour vous, : heureusement que le prix n'a pas été fatal !! on vous aime !!!

alizé 06/05/2009 10:07

Il a des Low Tech. Stéphane m'a raconté qu'il ne les a pas bloqué de l'avant et voulait le faire juste après.

caldo 06/05/2009 09:54

Nous avons fait la face le jour après et nous avons vu l'elico. Je suis content que ton ami est vivant. Du la haut est un miracle !!T'a dit que une fixation s'est detaché. Mal mise ou defaut ? Quelle type de fixation est-elle ?

francky 06/05/2009 07:15

vous avez dû passer par toutes les émotions lors de ce séjour ; paysages superbes et malheureseument cet accident ... il s'en sort c'est l'essentiel.je vois que c'est encore l'alouette III qui est intervenu ; dommage qu'elle doit prendre sa retraite !