Réflexion

Mardi 20 mars 2007
Apprends comme si tu devais vivre pour toujours et vis comme si tu devais mourir ce soir!

Par Zigual
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Lundi 27 août 2007

Une véritable passion n'est-elle pas un poids pour celui qui la vit (et pour les autres...) ?

Vouloir toujours à tout prix y retourner, ne vivre que pour ça... Ne pas arriver à se gérer et finir par bousiller ses relations sans rapports avec cette passion. Finir par devenir égoiste?... Faire souffrir les autres et en souffrir?...
Une passion qui écarte du monde? Retour à la civilisation difficile, irritable jusqu'au moment tant attendu d'y retourner.

Les grands alpinistes n'ont pas l'air de se poser la question et construisent leur vie autour de ça... Mais est-ce une bonne chose?

Par Zigual
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Mardi 11 décembre 2007
Avec le sport qu'on fait, ce n'est pas la prise de risque qui manque. Ni cette part d'inconscience qui nous pousse à faire certaines choses pas très, voir pas du tout sécurit'. 
Mais ce sont bien ces expériences qui nous font prendre conscience (ou pas?) du danger et qui nous rendent plus raisonné.  Dans une activité plutôt nouvelle, serait-ce au fond une recherche de ses propres limites? Est-ce un passage inévitable pour apprendre à se connaître et savoir ce que l'on veut, ce que l'on sait faire face à cette activité pour ensuite se sentir en totale confiance?

Une notion bien complexe qui englobe beaucoup de questions. On y répond au fur et à mesure de ses expériences et avec le recul, mais est-ce à généraliser? Comment tous les grimpeurs, alpinistes, skieurs en sont arrivés là où ils en sont aujourd'hui? Ou bien sont-ils, sans s'en rendre en compte, en recherche perpétuelle de leurs limites? De reconnaissance...?

Chaque expérience est unique, chaque leçon à en tirer aussi.


Au passage, un petit conseil lecture des plus intéressants, en rapport avec cette prise de risque : Femmes d'aventure, Du rêve à la réalisation de soi, de Catherine REVERZY.
Par Zigual
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Jeudi 6 mars 2008
Partir seule en montagne l'hiver, parcourir les glaciers... Peu de choses me bloquent dans ces idées . A l'évidence, la plupart des personnes n'y songent même pas. Elles ont raison. Pourquoi aller là où il n'y a personne ? Mais qu'est-ce qui me pousse donc à partir seule ? Une certaine expérience, aussi minime soit-elle ? Un surcroît de confiance ? Le fait de savoir renoncer ? Une envie de s'ouvrir au monde ?

Laisser son esprit s'évader par-delà les sommets, sur le fil des arêtes, s'asseoir, admirer, profiter, écouter le silence, respirer l'air pur, oublier les soucis. Un certain besoin de solitude ?

Tellement contrastant avec l'envie de rencontrer, de partager, d'être avec ses amis, son père, sa famille, de laisser sa joie de vivre exploser face à la beauté de la vie ! 

Lunatique ou en recherche d'équilibre ?...
Par Zigual
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Vendredi 7 mars 2008
7 Mars 2008 : Accompagnée de deux skieurs, je bifurque de l'itinéraire du Gleysin vers Comberousse...

J'avance, à vrai dire sans soucis particuliers. Cela ne me semble pas plaqué, et pourtant... Un craquement et je m'arrête net. Presque léger mais pourtant tellement significatif ; jamais je n'en ai entendu un de ce style. 
Le temps d'une seconde pour me dire qu'il faut que je recule avec douceur. Le temps d'une seconde pour lever la tête et voir la pente se fissurer juste là. Le temps d'une seconde pour faire une conversion à la va-vite et tenter de rejoindre mes compagnons en disant "Putain ça part !". Et à peine le temps d'une seconde pour me faire emporter.

Tellement puissante qu'on ne peut rien faire. Je me retrouve sur le dos tête en bas, je m'entends légèrement crier, et là c'est une véritable bataille pour moi : je suffoque avec toute cette neige qui tombe sur mon visage, j'agite mes bras au-dessus de moi dans tous les sens, comme quelqu'un qui se noit. Je crois que je vais m'étouffer si ça ne s'arrête pas. Pendant un court instant, c'est un grondement sourd puis je n'entends ni ne voit plus rien : je crois que je m'ensevelis. 

C'est très étrange comme sensation : je me souviens encore, l'impression que le temps s'arrête avec le grondement de l'avalanche qui s'étouffe, et ce silence... Mon corps se relache, empli d'une inhabituelle sérénité, car consciente que je m'ensevelis, je me dis que tout est fini et que rien ne sert de se débattre, il suffit d'attendre et de se calmer. Combien de temps ça a duré ? Quelques secondes peut-être.

Puis tout s'arrête. A travers la neige recouvrant mes lunettes, je vois un bout de ciel. Je suis essouflée, mais je peux respirer ! Quel miracle, je suis restée en surface... Le bras droit levé vers le ciel, je peux le bouger et fait des gestes pour qu'on me voit. Tout le reste de mon corps est bloqué. Je tente de me calmer et de reprendre ma respiration. Je n'entends pas un bruit. Et si ils s'étaient fait prendre aussi ? Il faudrait que j'essaye de sortir... Mais le moindre geste et de la neige tombe sur mon visage, me faisant à nouveau suffoquer.

J'entends des voies, je les aperçois soudain au-dessus de moi, Manu et notre compagnon skieur, et le groupe qui montait derrière nous. Ils me sortent de là rapidement, s'assurent que tout va bien pour moi, m'enlève la neige, vont chercher mon bonnet plus bas, sortent mon sac  ; les sourires sont sur les regards, tout le monde est soulagé que tout aille bien. On arrive même à sortir quelques débilités bien tournées.

Je regarde derrière moi et je vois nos traces venant du Morétan, juste là. Mais où suis-je ? Je lève la tête et je demande : "Mais... J'étais où ?". "Là-haut". J'en reviens pas. J'ai dévalé 200m de dénivelé avec l'avalanche. Je croyais avoir fait à peine la moitié ! 

Je vais bien mais je ne cesse de regarder là-haut en me disant
"Putain, c'est pas possible, j'ai descendu tout ça, je suis vivante, sans rien du tout, pas le moindre bleu, pas ensevelie alors que la quantité est impressionante !... ça y est, c'est arrivé."

Et il faut bien avouer quelque chose : l'expression bien connue de "se faire dessus" a bien son origine quelque part... Oui, je me suis pissée dessus durant l'avalanche. Quelle importance, dans ces moments-là on ne contrôle rien.

Retour au refuge de l'Oule pour une petit thé avant de redescendre, très tendue après cette mésaventure...

La plaque

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A vue d'oeil, la plaque s'est fissurée sur 60cm d'épaisseur, avec une largeur de 30, 40, 50 mètres ? Je ne saurais dire. Elle a glissé sur au moins 200m de dénivelé. Je me dis que tout s'est bien passé, mais que ça aurait pu mal finir. J'ai du mal à prendre conscience de l'ampleur de la chose. Les commentaires que j'ai lu et entendu m'éclairent un peu plus sur l'importance de la plaque.

Je reviendrais en été, voir si le bâton que j'ai perdu n'est pas dans le coin.

Vue d'en haut, on voit bien la cassure (photo Geom).

plaque-11519-6-copie-1.jpg



Avec le recul... Réflexion et analyse

Le matin, nous avons décidé d'aller au col de Morétan, seul endroit qui nous paraissait "safe" et un peu protégé du vent, très fort ce matin-là. Aucune autre pente ne me tentait. Le temps de faire le col du Morétan, et du monde était arrivé : un groupe au col des Portes de l'Eglise, un sous le col du Gleysin, d'autres au Morétan. Je me remet en question face à l'atitude des skieurs qui n'ont pas l'air de se poser trop de questions : est-ce que je ne psychote pas trop ? Le vent se calme, il y a plus de monde dans le coin, un skieur continue la journée avec nous. Tout pour rassurer et rendre la montagne moins hostile.

Nous décidons de repeauter pour prendre la trace qui monte au Gleysin. Entre temps, dans un excès de confiance, nous nous disons "Bah, pourquoi pas Comberousse ? Il n'y a que ce ressaut après la pente est bien plus douce." Au détour d'une conversion, je suis d'avis de traverser là pour rejoindre le vallon plus doux, mais Manu est plus dans l'optique d'utiliser la trace au maximum pour moins se fatiguer. C'est d'accord. On discute, on prend les décisions à deux. Sauf que la traversée se fait sous une crête en plein vent, configuration que l'on ne voit pas sur place. A première vue, ce n'est pas plaqué, la cohésion semble régulière même si la quantité de neige n'est pas des moindres.

Quelle erreur ! Je me demande maintenant comment j'ai pu passé à cet endroit ! Vue d'en bas, c'était tellement évident ! Je saurais maintenant ne pas me laisser influencer par les décisions et la présence d'autres skieurs dans le coin, mais rester sur ma première impression. Ne pas se laisser rassurer et garder son propre point de vue. Rester lucide et dans l'optique "mieux vaut prévenir que guérir".

Le Week End est passé, cela ne m'a pas empêché de sortir en rando, mais je suis très tendue et crispée ; c'est fatiguant. Parfois je craque de cette tension que je n'arrive pas à relacher, et je pleure, simplement. Je m'essoufle vite dans les pentes qui me font peur, même si il n'y a pas de raisons. A la descente, tout va bien, c'est à la montée que ça ne va pas trop. Le moindre avion qui passe, la moindre boulette de neige qui descend, le moindre petit bruit et j'ai une petite montée d'adrénaline. Souvent ce craquement vient me hanter, cette fissure... J'essaye de me raisonner, mais ce n'est pas toujours facile.

En tout cas, j'ai appris deux choses : 

- Ne pas s'essoufler à la montée... C'est pas si mal quand je vois la galère pour tenter de respirer dans l'avalanche, j'ai du mal à imaginer comment j'aurais fait si j'avais eu le souffle court à cet instant là.
- Compter le nombre de skieurs qui montent derrière. Etant donné que la coulée bifurquait légèrement, Manu n'a pas pu voir si quelqu'un d'autre s'était fait prendre.

Beaucoup de questions trottent aussi dans ma tête : est-ce le surf sur mon dos qui m'a aidée à rester en surface ? Si on était passé plus bas, la plaque serait-elle partie ?

J'aurais encore beaucoup de choses à dire, et certainement encore plus après, mais je vais m'arrêter là, c'est déjà pas mal...

Merci.

Récit de Manu

CR d'un skieur qui était dans le coin


Vue d'en bas. On se sent tout petit...

IMG_1173.jpg  

Par Zigual
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Mardi 25 novembre 2008

  Je me souviens encore de ces premiers pas en montagne : les petites balades d’après-midi à Lavall, puis les randonnées sur 2 jours avec Papa et Betty, ma sœur, puis ma mère. La découverte du camping ! Avancer, pas à pas, sur un sentier traversant un paysage grandiose ; sentir cette douce fatigue du soir, les muscles qui se relachent. Installer la tente et repartir vite courir autour du bivouac, la curiosité me poussant toujours plus loin, toujours plus haut… L’impression de voler tellement on se sent léger sans sac. Revenir 1h plus tard, préparer ces mauvaises pâtes liophilisées mais qui sont pourtant le plaisir de la journée. Une bouteille de jaja plus tard, on va marcher tranquillement alentour, regarder les montagnes, parler d’elles, du tour du lendemain, des fleurs… Et au réveil, c’est reparti ! S’échauffer, laisser le rythme de la marche m’envahir… Laisser les ampoules et la chaleur des pieds nous faire souffrir, parce que c’est tellement bon quand on se retrouve pieds nus.


Un plaisir de parcourir les montagnes, en tout simplicité.



Puis est arrivé le surf. Après 2 ans et 1/2 d’apprentissage en station, me voilà raquettes aux pieds, à 11ans.

Je me souviens de LA première rando ! Soleil, neige de printemps… Et Papa qui portait mon surf malgré mes protestations. Peut-être souhaitait-il ne pas me dégoûter d’entrée ?


Et c’est parti pour une longue série, de randos en randos, me voilà progressant dans l’immensité blanche. Tout ça est tellement beau que Betty finit par s’y mettre. Au noël de mes 13ans, mon premier swallow. Ca a été des larmes de bonheur ! Un Swell Panik, de toute évidence. Trouvé d’occasion, rigide et étroit, mais pourtant, voici encore une souvenir bien ancré en moi : en station, à Porte Puymorens, je teste le swallow. « Whaaaaaa on dirait qu’on surfe sur de la chantilly !! Ou alors d’effleurer la pente tellement c’est doux ! » Juste un petit temps d’adaptation pour apprendre à piloter cet enfin de 175cm. Et c’est parti encore pour une longue série de sorties en poudre ! Jeune fillette suivant son père avec enthousiasme et admiration.


Encore un événement qui ne fait que me sentir encore plus différentes des jeunes de mon âge. Mais peu importe, la montagne est là et contient mon bonheur.



Entre temps, en été 2003, par une belle semaine de vacances à Ceillac, je découvre 2 autres nouvelles activités : l’apinisme et le VTT. En plus d’être un complice, un compagnon des montagnes, mon père devient mon compagnon de cordée. Des moments intenses et uniques passés à parcourir les glaciers, grosses aux pieds ; un plaisir d’être constamment concentrée. Un plaisir de faire autre qu’une classique. De bivouaquer dans la neige. D’avoir du technique. De redescendre 2300m d’un coup, retrouver le fidèle VW, boire du frais, tremper ses pieds endoloris dans la rivière, puis entamer les 5h de voyage vers Perpignan, 5h où notre esprit est encore là-haut.



Quelques années plus tard, par une belle journée ensoleillée, je fais ma première sortie en VTT toute seule. Une chose nouvelle pour moi.  Je vivais souvent cette délectable solitude avec mon père, maintenant je la découvre entièrement seule. Une certaine tension, une certaine peur à la descente, mais peu après, j’apprendrais, avec le progrès, à me sentir en confiance.



Puis vient un heureux événement, un détour de notre vie : le déménagement à Briançon.

A peine un mois plus tard, j’ai mon permis. Le début de la liberté ! Maintenant je peux aller en montagne quand je veux, où je veux !

Je me souviens de ces fameux mardi après-midi : libre de 12h jusqu’à 17h, ça me suffisait toujours pour faire une petite Blanche à Pelvoux, ou un petit Combeynot au Lautaret. C’était l’année du BAC, mes quelques révisions se firent en montagne.


Puis, je migre sur Grenoble. Deuxième heureux événement pour la family ours : la rencontre de LA dream-team ! Une équipe en or… Un premier WE ensemble, et c’est parti pour une longue série de sorties ensemble.


De nature solitaire, je découvre, ou plutôt je perds de vue les sorties seules. Une fois que l’on a connu le bonheur avec ses ami(e)s, qu’on se sent à l’aise et qu’on rigole ensemble, dur de revenir en arrière. Tant de soirée devant la bière et les topos, ces quelques précieuses « grosses » sorties avec Squal, Leced et Gillou, et tant de belles journées toute la team réunie… Aussi une certaine découverte de la « montagne au féminin » : Oui il y a des filles qui assurent en montagne et qui sont une crème de gentillesse, et ça fait plaisir de les connaître quand bien même je ne sortais avant qu’avec quasiment que des hommes.



Aujourd’hui, 20 ans, me voilà à écrire une mini-biographie de la montagne. Deux choses à dire :


Premièrement, non, je ne suis pas complètement enfermée dedans (du moins je ne l’espère pas), et je pourrais très bien, un de ces jours, faire une « mini-biographie de la famille » ;-) ou encore des mes « activités extra-montagne ». Car je n’oublie jamais ma famille.


Deuxièmement, pourvu que ce bonheur dure !

Par Zigual
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