


Une véritable passion n'est-elle pas un poids pour celui qui la vit (et pour les autres...) ?
Vouloir toujours à tout prix y retourner, ne vivre que pour ça... Ne pas arriver à se gérer et finir par bousiller ses relations sans rapports avec cette passion. Finir par
devenir égoiste?... Faire souffrir les autres et en souffrir?...
Une passion qui écarte du monde? Retour à la civilisation difficile, irritable jusqu'au moment tant attendu d'y retourner.
Les grands alpinistes n'ont pas l'air de se poser la question et construisent leur vie autour de ça... Mais est-ce une bonne chose?
Je me souviens encore de ces premiers pas en montagne : les petites balades d’après-midi à Lavall, puis les randonnées sur 2 jours avec Papa et Betty, ma sœur, puis ma mère. La découverte du camping ! Avancer, pas à pas, sur un sentier traversant un paysage grandiose ; sentir cette douce fatigue du soir, les muscles qui se relachent. Installer la tente et repartir vite courir autour du bivouac, la curiosité me poussant toujours plus loin, toujours plus haut… L’impression de voler tellement on se sent léger sans sac. Revenir 1h plus tard, préparer ces mauvaises pâtes liophilisées mais qui sont pourtant le plaisir de la journée. Une bouteille de jaja plus tard, on va marcher tranquillement alentour, regarder les montagnes, parler d’elles, du tour du lendemain, des fleurs… Et au réveil, c’est reparti ! S’échauffer, laisser le rythme de la marche m’envahir… Laisser les ampoules et la chaleur des pieds nous faire souffrir, parce que c’est tellement bon quand on se retrouve pieds nus.
Un plaisir de parcourir les montagnes, en tout
simplicité.
Puis est arrivé le surf. Après 2 ans et 1/2 d’apprentissage en station, me voilà raquettes aux pieds, à 11ans.
Je me souviens de LA première rando ! Soleil, neige de printemps… Et Papa qui portait mon surf malgré mes protestations. Peut-être souhaitait-il ne pas me dégoûter d’entrée ?
Et c’est parti pour une longue série, de randos en randos, me voilà progressant dans l’immensité blanche. Tout ça est tellement beau que Betty finit par s’y mettre. Au noël de mes 13ans, mon premier swallow. Ca a été des larmes de bonheur ! Un Swell Panik, de toute évidence. Trouvé d’occasion, rigide et étroit, mais pourtant, voici encore une souvenir bien ancré en moi : en station, à Porte Puymorens, je teste le swallow. « Whaaaaaa on dirait qu’on surfe sur de la chantilly !! Ou alors d’effleurer la pente tellement c’est doux ! » Juste un petit temps d’adaptation pour apprendre à piloter cet enfin de 175cm. Et c’est parti encore pour une longue série de sorties en poudre ! Jeune fillette suivant son père avec enthousiasme et admiration.
Encore un événement qui ne fait que me sentir encore plus différentes des jeunes de mon âge. Mais peu importe, la montagne est là et contient mon bonheur.
Entre temps, en été 2003, par une belle semaine de vacances à Ceillac, je découvre 2 autres nouvelles activités : l’apinisme et le VTT. En plus d’être un complice, un compagnon des montagnes, mon père devient mon compagnon de cordée. Des moments intenses et uniques passés à parcourir les glaciers, grosses aux pieds ; un plaisir d’être constamment concentrée. Un plaisir de faire autre qu’une classique. De bivouaquer dans la neige. D’avoir du technique. De redescendre 2300m d’un coup, retrouver le fidèle VW, boire du frais, tremper ses pieds endoloris dans la rivière, puis entamer les 5h de voyage vers Perpignan, 5h où notre esprit est encore là-haut.
Quelques années plus tard, par une belle journée ensoleillée, je fais ma première sortie en VTT toute seule. Une chose nouvelle pour moi. Je vivais souvent cette délectable solitude avec mon père, maintenant je la découvre entièrement seule. Une certaine tension, une certaine peur à la descente, mais peu après, j’apprendrais, avec le progrès, à me sentir en confiance.
Puis vient un heureux événement, un détour de notre vie : le déménagement à Briançon.
A peine un mois plus tard, j’ai mon permis. Le début de la liberté ! Maintenant je peux aller en montagne quand je veux, où je veux !
Je me souviens de ces fameux mardi après-midi : libre de 12h jusqu’à 17h, ça me suffisait toujours pour faire une petite Blanche à Pelvoux, ou un petit Combeynot au Lautaret. C’était l’année du BAC, mes quelques révisions se firent en montagne.
Puis, je migre sur Grenoble. Deuxième heureux événement pour la family ours : la rencontre de LA dream-team ! Une équipe en or… Un premier WE ensemble, et c’est parti pour une longue série de sorties ensemble.
De nature solitaire, je découvre, ou plutôt je perds de vue les sorties seules. Une fois que l’on a connu le bonheur avec ses ami(e)s, qu’on se sent à l’aise et qu’on rigole ensemble, dur de revenir en arrière. Tant de soirée devant la bière et les topos, ces quelques précieuses « grosses » sorties avec Squal, Leced et Gillou, et tant de belles journées toute la team réunie… Aussi une certaine découverte de la « montagne au féminin » : Oui il y a des filles qui assurent en montagne et qui sont une crème de gentillesse, et ça fait plaisir de les connaître quand bien même je ne sortais avant qu’avec quasiment que des hommes.
Aujourd’hui, 20 ans, me voilà à écrire une mini-biographie de la montagne. Deux choses à dire :
Premièrement, non, je ne suis pas complètement enfermée dedans (du moins je ne l’espère pas), et je pourrais très bien, un de ces jours, faire une « mini-biographie de la famille » ;-) ou encore des mes « activités extra-montagne ». Car je n’oublie jamais ma famille.
Deuxièmement, pourvu que ce bonheur dure !